Vous ouvrez la bâche et l’eau a viré au vert. Le réflexe est d’aller chercher dans le placard un produit du quotidien, et le bicarbonate de soude revient souvent dans les conseils de grand-mère. Voyons ce qu’il peut vraiment faire dans un rattrapage d’eau verte, et ce qu’il faut y ajouter pour retrouver une eau claire. Pour comparer les autres options, consultez notre guide sur les remèdes de grand-mère pour eau verte.
Le bicarbonate de soude rattrape-t-il vraiment une eau verte ?
La réponse courte : non. Le bicarbonate de soude ne tue pas les algues. Il fait remonter l’alcalinité de l’eau (le TAC) et stabilise ainsi le pH. C’est un appoint utile avant le traitement, jamais le traitement lui-même.
Une eau verte vient d’une prolifération d’algues, favorisée par un désinfectant insuffisant, un pH déréglé, une filtration trop faible ou beaucoup de matières organiques (feuilles, pollen, terre). Pour la rattraper, il faut donc agir sur plusieurs fronts, dans cet ordre :
- tester l’eau et corriger le TAC et le pH (le bicarbonate intervient ici) ;
- brosser les parois et le fond ;
- lancer un traitement choc au chlore ou à l’oxygène actif ;
- filtrer en continu, puis clarifier avec un floculant si l’eau reste trouble.
Étape 1 : tester l’eau et corriger le pH
Avant d’ajouter quoi que ce soit, mesurez. Une trousse de test à réactifs est plus fiable que des bandelettes de test pour une eau très chargée, mais les bandelettes dépannent si c’est tout ce que vous avez. Relevez le pH, le TAC et le chlore libre.
| Paramètre | Valeur visée | Si c’est trop bas |
|---|---|---|
| pH | 7,2 à 7,4 | Corriger le TAC d’abord, puis un correcteur pH plus |
| TAC | 80 à 120 mg/L | Bicarbonate de soude |
| Chlore libre | 1 à 3 mg/L en fin de traitement | Traitement choc |
Un TAC entre 80 et 120 mg/L garde le pH stable. En dessous, le pH fait le yoyo et le chlore perd en efficacité. C’est là que le bicarbonate de soude trouve sa place : on corrige le TAC en premier, puis on ajuste le pH. Le chlore agit bien mieux quand le pH est proche de 7,2 à 7,4, d’où l’intérêt de ne pas sauter cette étape.
Dosage du bicarbonate : environ 18 g par m³ pour gagner 10 mg/L de TAC
Pour une piscine de 50 m³, comptez à peu près 900 g de bicarbonate pour monter le TAC de 10 mg/L (soit 1 °f). Le chiffre varie un peu selon la pureté du produit, et le détail des calculs se trouve dans notre article sur le dosage du bicarbonate par m³. Calculez l’écart entre votre TAC mesuré et 100 mg/L, ajoutez la moitié de la dose, laissez tourner la filtration quelques heures, puis retestez avant de compléter. Dissolvez le produit dans un seau d’eau et versez-le devant les buses de refoulement.
Si le pH est trop haut, utilisez un correcteur pH moins en poudre ou en granulés, dosé selon l’étiquette et le volume. Évitez de verser de l’acide chlorhydrique à la légère : il est corrosif pour les équipements et dangereux au contact du chlore.
Étape 2 : le traitement choc, cœur de la méthode

C’est le traitement choc qui élimine les algues, pas le bicarbonate. Le plus courant est un chlore choc en granulés (hypochlorite de calcium). Pour une eau franchement verte, on compte en général 10 à 20 g par m³, en suivant la notice du fabricant. Pour 50 m³, cela représente entre 500 g et 1 kg, à répartir de préférence en fin de journée pour limiter la dégradation par le soleil.
Pensez à dissoudre le produit dans un seau d’eau avant de le verser, ou à le répartir autour du bassin selon l’étiquette. Ne jetez jamais de granulés directement sur un liner : ils peuvent le décolorer ou le marquer. Laissez la pompe de filtration tourner pendant toute l’opération.
Si l’eau est seulement un peu verdie, l’oxygène actif ou le peroxyde d’hydrogène peut suffire, mais il est moins efficace sur une prolifération installée. L’eau de Javel est possible en dépannage, car elle contient du chlore, mais elle est peu concentrée, instable et il en faut de grandes quantités. Elle ne vaut pas un vrai chlore choc.
Un algicide peut venir en complément, en particulier si les algues reviennent régulièrement. Il ne remplace pas le chlore, il le soutient.
Étape 3 : brosser, filtrer et floculer
Avant le choc, brossez soigneusement les parois, les angles, les marches et le fond. Les algues s’accrochent et se protègent en colonies : le brossage les détache et les expose au désinfectant. Refaites un passage le lendemain.
La filtration doit ensuite tourner en continu, 24 h sur 24, pendant 48 à 72 heures. Nettoyez ou rétrolavez le filtre dès que la pression monte, car une eau morte de 10 jours encrasse vite le sable ou la cartouche. Retestez le pH et le chlore libre chaque jour, et recorrigez au besoin.
Quand l’eau a tourné du vert au blanchâtre ou au gris laiteux, c’est que les algues sont mortes mais restent en suspension. Un floculant agglomère ces particules pour qu’elles se déposent au fond, où vous les aspirez en position « vidange » pour ne pas colmater le filtre. Sans floculant, la filtration seule peut mettre plusieurs jours à terminer le travail.
Erreurs à éviter et remèdes à écarter
La plus grave concerne les mélanges : il ne faut jamais mélanger chlore et acide, ni verser deux produits au même endroit à quelques minutes d’intervalle. Le dégagement de gaz toxique est réel. Ajoutez chaque produit séparément, bassin en circulation, avec plusieurs heures d’écart.
Le sulfate de cuivre est parfois cité comme remède de grand-mère, mais il peut tacher le revêtement en bleu ou en vert, s’attaquer aux métaux et abîmer la pompe et les échangeurs. Mieux vaut l’éviter. Quant à l’astuce de la balle de tennis ou de la pièce de monnaie dans le skimmer, elle n’a aucun effet démontré sur les algues.
Autres pièges fréquents : vider le bassin entièrement (inutile et risqué pour la structure), baigner la famille avant que le chlore libre soit retombé sous 3 mg/L, ou ajouter du bicarbonate en pensant traiter les algues alors que le TAC est déjà bon. Un excès de TAC fait monter le pH et rend l’eau trouble.
Éviter le retour de l’eau verte

Une fois l’eau claire, la prévention tient en peu de gestes : testez le pH et le chlore chaque semaine, filtrez assez longtemps (en été, au moins la moitié de la température de l’eau en heures par jour), brossez régulièrement et retirez feuilles et insectes. Une bâche en hivernage actif ou un électrolyseur au sel bien réglé aide aussi à garder un désinfectant stable. Le bicarbonate, lui, reste en réserve pour les semaines où le TAC dérive vers le bas, et non pour traiter les algues.





