Des colonnes de fourmis qui grimpent le long d’un pommier ou d’un cerisier, c’est rarement un hasard. Pour savoir comment empêcher les fourmis de monter aux arbres fruitiers, il faut d’abord comprendre ce qu’elles vont chercher là-haut. La méthode la plus fiable reste une barrière physique continue posée sur le tronc, complétée par un contrôle des pucerons qui les attirent.
Comment empêcher les fourmis de monter au tronc : la barrière physique
Le principe est simple : on coupe la route entre la fourmilière, au sol, et la ramure. Un collier de glu horticole est la solution la plus répandue, mais elle demande un minimum de méthode pour ne pas blesser l’arbre ni laisser de passage.
- Choisissez une zone dégagée du tronc, au-dessus du collet et sous la première branche charpentière. Retirez les mousses et l’écorce qui s’écaille pour obtenir une surface régulière.
- Entourez le tronc d’une bande non adhésive (papier kraft épais, bande de tissu ou film souple) serrée sans laisser d’interstice. Elle protège l’écorce du contact direct avec la glu.
- Étalez la glu sur cette bande, sur toute la circonférence, en couche épaisse de quelques millimètres et sur une largeur de 5 à 8 cm.
- Vérifiez qu’aucun pont ne subsiste : branche qui touche un mur, tuteur, lien de palissage, herbes hautes ou paillis collé au tronc.
Sur un jeune arbre à l’écorce fine, évitez absolument d’appliquer la glu à même le tronc : elle peut gêner la circulation de la sève et laisser des traces. Si vous préférez une solution non collante, un manchon lisse ou une collerette en cône inversé fixée autour du tronc fait aussi obstacle aux fourmis, avec moins d’entretien.
Avant de poser la glu : vérifiez que la ramure est vide
Si des fourmis sont déjà installées dans les branches avec leurs pucerons, la barrière les enferme là-haut et elles continueront à entretenir leur élevage. Secouez doucement les rameaux, repérez les colonies et traitez les foyers de pucerons avant de fermer le passage.
Une barrière engluée se salit vite : poussière, feuilles, pétales et insectes morts finissent par former un pont. Passez la vérifier chaque semaine au printemps, regarnissez la glu quand elle sèche ou se couvre de débris, et retirez le tout à l’automne.
Pourquoi les fourmis montent dans vos fruitiers : l’alliance avec les pucerons
Les fourmis ne mangent pas vos feuilles et ne creusent pas le bois. Ce qui les attire, c’est le miellat, ce liquide sucré que rejettent les pucerons et les cochenilles en se nourrissant de sève. En échange, les fourmis protègent leurs « troupeaux » contre les prédateurs, comme les coccinelles ou les larves de chrysope, et déplacent parfois les pucerons vers de jeunes pousses.
Résultat : sur un pommier, un poirier ou un cerisier, les colonies de pucerons prospèrent, les feuilles s’enroulent, les pousses se déforment et une suie noire (la fumagine) se développe sur le miellat. Le cerisier et le pêcher sont particulièrement exposés aux pucerons noirs au printemps.
L’intervention n’est pourtant pas toujours nécessaire. Quelques fourmis qui passent sur le tronc sans pucerons dans l’arbre ne posent aucun problème, et certaines espèces se nourrissent même de petits insectes nuisibles. Les études menées dans des vergers d’agrumes montrent d’ailleurs un tableau nuancé : la présence de fourmis est souvent liée à davantage de ravageurs, mais une expérience de cinq ans a observé plus de pucerons quand les fourmis étaient exclues, probablement parce que les perce-oreilles, prédateurs naturels, étaient eux aussi tenus à l’écart. Mieux vaut donc observer avant d’agir.
Supprimer les pucerons qui attirent les fourmis : traitements naturels

Poser un collier sans s’occuper des pucerons revient à traiter la conséquence. Quand les colonies sont installées, commencez par les gestes mécaniques : un jet d’eau assez puissant sur les jeunes pousses, ou un passage des doigts gantés sur les rameaux touchés. Coupez les extrémités très infestées lors d’une petite taille de nettoyage et jetez-les loin du verger.
Si les pucerons persistent, le savon noir est le traitement bio le plus courant, et traitement puceron savon noir vinaigre blanc en propose une variante. Comptez environ 20 à 30 g de savon noir liquide par litre d’eau tiède (soit une à deux cuillères à soupe), pulvérisés le soir ou tôt le matin, jamais en plein soleil. Testez d’abord sur quelques feuilles et attendez 24 heures. Évitez toute pulvérisation sur les arbres en pleine floraison : le produit peut aussi atteindre les abeilles et les syrphes.
Le purin d’ortie, dilué à 10 % environ, peut compléter l’action en renforçant les plantes et en gênant les pucerons, avec des résultats plus variables. Quant aux répulsifs naturels déposés au pied (marc de café, cannelle, vinaigre dilué), leur effet est court et ne remplace jamais une barrière au tronc. Les fourmilières que vous repérez au pied de l’arbre peuvent être éloignées en les arrosant régulièrement, sans jamais verser d’eau bouillante près des racines.
Laisser travailler les auxiliaires
Les coccinelles, les larves de chrysope, les syrphes et les perce-oreilles consomment des quantités importantes de pucerons. Pour les attirer, laissez un coin fleuri dans le verger, installez un abri à insectes et évitez tout insecticide, même « doux », qui les élimine avec les ravageurs. Des plantes compagnes comme la capucine (qui sert de plante piège à pucerons), la lavande, la menthe ou la ciboulette au pied des arbres limitent aussi la pression.
Surveiller et prévenir au fil des saisons
Le calendrier compte autant que la technique. Une barrière posée trop tard laisse les premières colonies s’installer, alors qu’un collier mis en place avant le réveil des fourmis évite l’essentiel des problèmes.
| Période | Action conseillée |
|---|---|
| Fin d’hiver | Nettoyer l’écorce, supprimer les ponts, poser la barrière avant le réveil des fourmis |
| Printemps | Surveiller les jeunes pousses, intervenir dès les premiers pucerons, contrôler la glu chaque semaine |
| Été | Jet d’eau, arrosage régulier, regarnir la glu séchée |
| Automne | Retirer ou renouveler le collier, ramasser les fruits tombés, tailler les rameaux malades |
Une visite rapide toutes les deux semaines suffit pour repérer les premières colonies de pucerons. Le choix de variétés robustes et un sol vivant (paillage léger, sans bourrelet contre le tronc) renforcent aussi les arbres et les rendent moins attractifs.
Erreurs à éviter et questions fréquentes

L’erreur la plus courante consiste à sortir l’insecticide chimique : il tue les auxiliaires, pollue le sol et les fruits, et les pucerons reviennent plus vite que leurs prédateurs. La deuxième est de laisser un pont végétal ou un tuteur qui annule la barrière. La troisième est d’enduire directement l’écorce de glu, surtout sur les jeunes sujets.
Faut-il éliminer toutes les fourmis du verger ?
Non. Elles aèrent le sol, mangent des larves et des œufs d’insectes, et ne deviennent gênantes que lorsqu’elles protègent des pucerons ou des cochenilles. L’objectif est de les tenir à distance de la ramure, pas de supprimer la fourmilière : pour trancher au cas par cas, lisez fourmis dans le jardin, bon ou mauvais.
Le savon noir est-il sans danger ?
À dose prudente, oui pour les arbres, mais il reste nocif pour les insectes qu’il touche directement, y compris les utiles. Appliquez-le seulement sur les foyers, hors floraison et hors chaleur, et ne répétez pas plus de deux ou trois fois de suite.
Les fourmis abîment-elles les arbres ?
Pas directement. Les dégâts viennent des pucerons et des cochenilles qu’elles protègent : feuilles enroulées, pousses affaiblies, fumagine et récolte parfois diminuée. Sur un arbre sain, avec peu de pucerons, la présence de fourmis reste tolérable.





